Le confinement a été catastrophique pour le capital physique des enfants

Une récente étude empirique, menée dans l’Allier et le Puy-de-Dôme auprès de 90 enfants de CE1 et CE2, vient de démontrer que les confinements successifs ont eu un impact catastrophique et inquiétant sur la santé physique et cognitive des enfants. Si rien n’est fait, on risquerait d’avoir des effets durables déplorables dans l’avenir.

Un an avant le premier confinement, lors de l’année scolaire 2018-2019, les départements de l’Allier et du Puy-de-Dôme, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, avaient fait installer des tables-vélos dans des classes de CE1 et de CE2. Au total, 90 élèves âgés de 8 à 9 ans avaient ainsi pu avoir accès à des équipements modernes, permettant le maintien d’une activité physique régulière. Le but n’était pas d’établir des tests, des expérimentations et des comparaisons mais tout simplement de donner envie aux jeunes de faire du sport. 

Mais le confinement de mars 2020 a bouleversé le projet et il dut être suspendu manu-militari. Ce n’est qu’à la rentrée de septembre 2020 qu’on put réactiver ces « tables-vélo » et relancer la dynamique sportive au sein des écoles. Et là, le constat fut terrible. L’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité, qui jusqu’ici n’escomptait qu’inciter à la pratique sportive à travers ces équipements, observa une chute considérable du capital physique et cognitif de la majorité des 90 élèves. 

Prise de poids et baisse du capital cognitif

Dans l’ensemble, et ce jusqu’au mois de mai 2021, avec les deux confinements suivants, l’indice de masse corporelle, qui mesure la corpulence du sujet, a augmenté de 2 à 3 points en moyenne, soit une hausse de 5 à 10kg par élève. Quant à la condition physique, elle s’est terriblement dégradée. Les jeunes, qui jusqu’ici étaient capables de tenir sur la durée lors d’épreuves sportives, n’étaient plus capables d’assurer les mêmes performances. Certains étaient mêmes incapables de faire le parcours d’habiletés motrices (parcours chronométré comprenant différents obstacles) organisé pour l’occasion. 

Pire encore, leurs capacités cognitives auraient baissé d’environ 40 %. Alors qu’en septembre 2019, les 90 élèves étaient tous capables de réussir les tests cognitifs, consistant à relier un chiffre à une lettre correspondante dans un temps imparti, un an plus tard, « un grand nombre n’a pas terminé le test ». 

Pour Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU Clermont-Ferrand, qui dirige l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité, « un an de confinement a été catastrophique, à un moment essentiel de plasticité neuronale. […] Toutes les compétences, physiques, psychiques, neurologiques, ont été altérées par le manque d’activités physiques ». Il est urgent de prendre des mesures et de relancer l’incitation à la pratique sportive, encore plus à l’école et dès l’enfance. 

Il faut prendre des mesures, et vite

Si rien n’est fait, cela risquerait de provoquer des conséquences fâcheuses pour la santé, comme une augmentation des risques de diabète ou d’hypertension artérielle. Ces confinements ont prouvé à quel point le sport était essentiel et qu’il devait être défendu, qu’une sédentarité prolongée et accélérée pouvait provoquer des effets durables et inquiétants dans le temps, que l’activité physique régulière et continue avait des biens faits à la fois physiques mais aussi psychiques et neurologiques. 

Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, en novembre 2020, 66 % des jeunes de 11 à 17 ans présentaient un risque sanitaire préoccupant, caractérisé par le dépassement simultané de deux seuils : plus de deux heures de temps d’écran et moins de soixante minutes d’activité physique par jour. 

C’est donc sur ce sujet qu’il faut impérativement se tourner. Les politiques publiques, à la fois chargées de l’incitation et de la relance, devraient se concentrer sur ce plan, sur la lutte contre la sédentarité et les altérations des capitaux physique et cognitifs, sur le soutien des activités et du secteur sportif. Il faut relancer la dynamique mais aussi redonner le goût et le plaisir de la pratique, financer une rénovation de tous les équipements sportives publics, favoriser les investissements privés et la dynamique économique, offrir des exonérations de charges, des crédits d’impôts et des baisses de TVA à l’industrie sportive, assurer l’intégration des salles comme biens essentiels, comme les librairies après le deuxième confinement, afin d’éviter leur fermeture en cas de nouvelle vague. Il y a beaucoup de mesures à mettre en place, elles doivent toutes être étudiées et appliquées car le prix à payer ne sera rien face au risque de voir se perdre une génération flouée par ces confinements et cette crise sanitaire. 

Et pour moderniser un secteur sportif en perdition, il faut aussi former ses futurs cadres et ses futurs employés.

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