
Gouvernance sportive : comprendre les équilibres de pouvoir dans le sport
La décision de la ville de Bordeaux et de Bordeaux Métropole a eu l'effet, en 2022, d'un coup de tonnerre dans le milieu du foot. Leur soutien au club des Girondins de Bordeaux était désormais conditionné à une refonte de sa gouvernance... et à un redressement financier crédible.
Loin d’être isolé, ce cas illustre une évolution profonde du modèle sportif français. Fini les collectivités territoriales partenaires quasi automatiques des clubs et fédérations. Aujourd'hui ? Elles exigent des garanties claires. C’est précisément là que la gouvernance sportive intervient. Elle organise les équilibres de pouvoir entre acteurs publics, fédérations, ligues, partenaires économiques et territoires. Comprendre ces mécanismes, pour les futurs professionnels du management du sport, n’est plus une option. C’est une compétence stratégique.
Qu’est-ce que la gouvernance sportive ?
Définition et périmètre
La gouvernance sportive désigne, en définitive, l’ensemble des mécanismes encadrant la prise de décision au sein des institutions sportives. Elle concerne aussi bien la stratégie que le contrôle, la répartition des pouvoirs ou la gestion des conflits d’intérêts.
Son périmètre couvre l’organisation du sport, le fonctionnement des fédérations sportives, le rôle des ligues professionnelles, mais aussi les relations avec les financeurs publics et privés. Autrement dit, elle structure le pilotage des organisations sportives à tous les niveaux.
Gouvernance politique, organisationnelle et territoriale
La gouvernance du sport en France repose sur un équilibre subtil entre plusieurs niveaux d’intervention :
- La gouvernance politique. Elle fixe le cadre général : orientations publiques, priorités nationales, régulation du sport.
- La gouvernance organisationnelle. Cette dernière concerne le fonctionnement interne des fédérations, ligues et clubs : répartition des pouvoirs, modes de décision, contrôle interne.
- La gouvernance territoriale du sport. Elle articule l’action des collectivités territoriales, des acteurs locaux et des structures nationales, notamment autour du financement du sport.
Les principaux acteurs de la gouvernance sportive
La gouvernance sportive ne repose pas sur un acteur unique. Elle est le produit d’interactions constantes entre sphère publique, mouvement sportif et acteurs économiques. Comprendre ces jeux d’acteurs est donc primordial afin de saisir les équilibres de pouvoir structurant aujourd’hui l’organisation du sport, en particulier dans le contexte spécifique de la gouvernance du sport en France.
État, collectivités et institutions nationales
Le sport n'est pas dirigé au quotidien par l'État. Il en fixe, cependant, les lignes rouges. Cadre juridique. Priorités nationales. Conditions d’intervention publique. C’est lui qui pose les règles du jeu de la régulation du sport.
Les collectivités territoriales, elles, arbitrent, disposent d’un levier décisif : l’argent. Leur rôle dans le financement du sport (subventions, équipements, soutien logistique) leur permet d’influencer directement les stratégies des clubs ainsi que des fédérations. Le message est sans ambiguïté : le soutien public n’est plus un dû. C’est un contrat... et il peut être renégocié.
Des institutions nationales comme le CNOSF ou l’Agence nationale du sport incarnent cette gouvernance partagée. Ce qu'elles traduisent ? Une évolution claire : l’action publique ne se limite plus à financer. Elle pilote, oriente et conditionne. Ce rôle central de l’Agence nationale du sport soulève une question clé : qui finance et qui gouverne ?
Fédérations, ligues et mouvement sportif
Les fédérations sportives ? Elles ne se contentent pas d’organiser leur discipline. Elles arbitrent des intérêts parfois contradictoires. Sport amateur contre sport professionnel. La gouvernance fédérale s’exerce alors dans des choix très concrets : comment répartir les revenus ? Jusqu’où déléguer le pouvoir aux ligues ou encore quelles marges laisser aux clubs sans perdre la cohérence de l’ensemble ? Ces défis illustrent parfaitement toute la complexité nécessaire pour gérer une fédération sportive aujourd’hui.
Les ligues professionnelles ? Parlent-elles un autre langage : celui du sport business. Droits médias, attractivité des compétitions, relations contractuelles avec les clubs… Lorsque la logique financière s’impose, l’équilibre avec la fédération devient fragile et stratégique. De cet ajustement dépend le pilotage des organisations sportives et la solidité du modèle économique.
Acteurs privés et partenaires économiques
Sponsors, diffuseurs, investisseurs ou équipementiers sont devenus des parties prenantes incontournables de la gouvernance sportive. Leur poids financier leur confère une influence croissante sur les décisions stratégiques (formats de compétition, calendriers, visibilité médiatique). Cette montée en puissance pose néanmoins des questions clés de gouvernance éthique sport. Comment garantir l’éthique et la transparence dans un environnement fortement concurrentiel ? Ces enjeux sont ceux auxquels les managers du sport sont désormais confrontés au quotidien.
Les grands modèles de gouvernance sportive
Il n’existe pas une seule manière de gouverner le sport. La même question revient toutefois partout : jusqu’où laisser faire et quand reprendre la main ? Ces choix structurent durablement l’organisation du sport et le pilotage des organisations sportives.
Modèle étatisé et modèle libéral
Le modèle étatisé, fait la « part belle » à l’État. Attention, ce dernier n’intervient pas à chaque décision. Il fixe néanmoins le cadre. La gouvernance du sport en France repose encore largement sur cette logique. Une présence structurante, parfois contraignante, limitant, avant tout, les dérives… mais réduit aussi certaines marges de manœuvre.
Le modèle libéral, à l’inverse, mise sur l’autonomie des organisations sportives. Moins de régulation directe. Plus de place au marché, aux investisseurs ainsi qu'aux ligues professionnelles. Ce choix renforce, la plupart du temps, la performance économique, mais expose davantage aux déséquilibres financiers et aux tensions éthiques. La gouvernance sportive devient alors un exercice d’équilibriste.
Gouvernance européenne vs anglo-saxonne
La gouvernance, en Europe, repose historiquement sur une logique pyramidale. En clair, les fédérations sportives structurent la discipline, les ligues opèrent sous leur contrôle et la régulation internationale garantit une certaine stabilité des compétitions.
Le modèle anglo-saxon, lui, fonctionne différemment. Logique de franchises. Ligues puissantes. Priorité à la rentabilité... mais également au spectacle. Le sport business y structure l’ensemble du système. Les règles sportives s’adaptent alors plus facilement aux impératifs économiques.
Les enjeux actuels de la gouvernance sportive
La gouvernance sportive, aujourd’hui, est testée en permanence. Elle se retrouve en première ligne à chaque crise financière, scandale médiatique ou encore retrait de partenaire. Une décision mal expliquée peut fragiliser un modèle économique, tandis qu’une gouvernance floue, elle, fera fuir les financeurs et les institutions.
Transparence, éthique et intégrité
Les crises récentes ont laissé des traces. La gouvernance éthique sport n’est plus un principe affiché. Bien au contraire ! C'est une exigence concrète impliquant :
- la transparence des décisions ;
- la séparation claire des rôles ;
- la mise en place de contrôles réellement indépendants.
Pourquoi ? Parce que ces éléments conditionnent la confiance des partenaires, des pouvoirs publics et des parties prenantes.
Financement, performance et responsabilité sociale
Le financement du sport ne peut plus être dissocié des exigences de responsabilité. Performance sportive, viabilité économique et impact social doivent dorénavant coexister. Les clubs, les fédérations, sans oublier les ligues sont attendus sur :
- leur capacité à rendre des comptes ;
- à justifier l’utilisation des ressources ;
- à inscrire leur action dans une logique durable.
Cette tension entre ressources, performance et responsabilité pose une question centrale : vers un nouveau modèle économique pour le sport français ?
Mondialisation et nouveaux équilibres de pouvoir
La mondialisation du sport attire de nouveaux acteurs économiques et fait émerger des compétitions transnationales. Le sport devient ainsi un outil de soft power sportif, dans lequel les décisions dépassent largement le cadre national. En réponse, la régulation internationale se renforce afin de préserver un minimum d’équilibre et de cohérence.
Gouvernance sportive et grands événements
Derrière chaque grand événement, il y a des arbitrages. Qui décide ? Qui finance ? Qui hérite après ? C’est là que la gouvernance sportive devient visible, et parfois contestée.
Coordination des acteurs publics et privés
Un grand événement oblige à trancher vite. L'État, les collectivités territoriales, les organisateurs, les sponsors, mais aussi les fédérations : tout le monde est autour de la table. Les désaccords peuvent être nombreux. Souvent. Qui valide le budget ? Qui signe les contrats ? Qui assume en cas de dérive des coûts ?
Héritage, impact territorial et acceptabilité sociale
Une fois l’événement terminé, les questions arrivent, Que deviennent les équipements ? Qui les finance dans la durée ? À quoi servent-ils réellement pour le territoire ?
Sans réponses claires, le projet est contesté. Les coûts publics mal compris. Les infrastructures sous-utilisées. Quand ces choix sont tranchés en amont, l’événement, a contrario, s’inscrit dans une trajectoire territoriale lisible.
Se former à la gouvernance sportive avec SMS
La gouvernance sportive ne s’apprend pas uniquement dans les textes. Elle se comprend à travers des situations réelles en prenant du recul… et en décidant plus juste.
Le MBA Management des Organisations Sportives s’inscrit dans cette logique. Il s’adresse à celles et ceux souhaitant, avant tout, comprendre comment se structurent, concrètement, les organisations sportives et les rapports de pouvoir qui les traversent, en France comme à l’international.