
Économie du foot : revenus, inégalités et modèle financier
Le modèle économique historique du football est entré dans une phase expansionniste difficile à maîtriser et à anticiper. Entre une répartition inégale des revenus et des investissements colossaux, les clubs de foot sont au cœur d’une dynamique qui les dépasse et dont ils sont bien souvent victimes.
L'économie du foot en chiffres : un marché mondial en expansion
En croissance permanente mais irrégulière ces 30 dernières années, l’économie liée au football est constituée d’un marché mondial qui représente près de 600 milliards d’euros tous revenus considérés. Ce qui en fait l’une des économies les plus lucratives devant bien des industries majeures.
Les quatre grandes sources de revenus
Cette économie colossale repose sur quatre sources de revenus principales dont l’importance varie selon la taille et la notoriété des clubs. Il s’agit tout d’abord des droits de diffusion, suivis des différents partenariats publicitaires, devant la billetterie et les transferts de joueurs.
Combien rapporte le football à l'économie ?
L’économie du football doit être considérée dans son ensemble, en prenant en compte les revenus qu’elle induit au sein d’autres secteurs d’activité. Notamment en créant des emplois, en promouvant le tourisme sportif, mais encore en boostant la vente de merchandising, et de plus en plus, les paris et pronostics sportifs. Cela représente déjà plusieurs milliards.
Pourquoi y a-t-il autant d'argent dans le foot ?
La raison principale du gigantisme de l’économie du foot tient dans sa popularité mondiale et son audience qui représente plusieurs milliards de spectateurs. En plus de capter une attention globale à forte valeur ajoutée, il offre une dimension émotionnelle qui constitue un levier important pour tous les investisseurs privés et publics.
Explosion des droits de diffusion
Cette audience internationale ne va pas sans une concurrence extrême entre les diffuseurs qui font sans cesse augmenter les enchères pour obtenir les droits TV. Cette escalade s’est même accélérée lorsque les plateformes numériques ont commencé à prendre des parts de marché plus importantes aux chaînes traditionnelles, plongeant le milieu dans une spirale inflationniste.
La logique des superstars
L’effet « superstar » mis en évidence par certains économistes montre que certaines figures emblématiques du football peuvent à elles seules générer des revenus commerciaux qui dépassent largement ceux de leur club. C’est le cas pour des joueurs tels que Messi, Ronaldo ou Mbappé, dont les noms suffisent à attirer les investisseurs, justifiant de ce fait leurs salaires astronomiques.
L'arrivée des fonds d'investissement
Les investisseurs dans le foot ne sont plus seulement des personnes privées comme cela a longtemps été le cas. Le football étant devenu un marché à part entière, il a laissé la porte ouverte à des fonds d’investissement internationaux, souvent en provenance de grandes fortunes arabes, dont l’importance soulève désormais des questions d’équité et d’indépendance.
Un modèle fragile : déficits et dépendance aux investisseurs
Malgré l’injection de capitaux énormes provenant majoritairement de ces fonds d’investissement, la plupart des clubs accumulent les dettes pour financer les transferts de joueurs en misant sur un retour sur investissement rapide. Cette situation précaire les rend dépendants d’un apport toujours constant de liquidités, dont l’arrêt brutal ou une mauvaise gestion pourrait les conduire à la faillite, comme cela a déjà été le cas pour de grands clubs.
Les clubs sont-ils rentables ?
La situation peut sembler paradoxale. D’un côté des investissements de plusieurs dizaines de milliards, de l’autre des revenus générés qui se comptent en centaines de milliards, et au centre, des clubs qui voient passer ce flux d’argent mais peinent à en profiter, tant les charges, transferts et infrastructures pèsent sur leur gestion financière, rendant la majorité d’entre eux en réalité peu rentables en soi.
Le cas du football français
Parfait exemple de la fragilité du modèle économique du football européen, la Ligue 1 a montré qu’une forte dépendance aux droits de diffusion pouvait faire sombrer de nombreux clubs dont les recettes limitées ne compensent pas toujours les charges élevées. Suite à la faillite de MediaPro, depuis 2020, seul le PSG a pu se targuer de générer suffisamment de revenus pour tenir la distance avec des grands clubs internationaux.
Inégalités et concentration des titres
Devant ces inégalités d’indépendance et d’investissements, l’on voit se former une dynamique de cercle vertueux qui bien que bénéfique aux plus grands clubs, contribue à ralentir la croissance des clubs plus modestes. La concentration des ressources dans les clubs les plus rentables leur offre l’accès à un meilleur équipement, de meilleurs entraîneurs, des joueurs plus célèbres… centralisant de ce fait les titres par la même occasion.
Écart entre grands et petits clubs
Avec le temps, l’écart s’est creusé entre les clubs les plus modestes et les vedettes des championnats. A tel point que le budget de certains comme le Real Madrid ou encore Manchester dépassent celui des championnats tout entier. Ce faisant, ils absorbent les talents des clubs régionaux, voués à demeurer des viviers de compétences pour les clubs fortunés.
Premier League : richesse mais pertes structurelles
Le cas de la Premier League est intéressant pour constater le paradoxe exprimé plus haut. L’inflation des droits de diffusion de ce championnat en fait le plus riche du marché actuellement. Pourtant, les recettes peinent à équilibrer les dépenses. En cause, une inflation des salaires et des dépenses de transferts causés par la hausse trop rapide de revenus de diffusion. Ce déséquilibre a malheureusement fait perdre beaucoup d’argent à des clubs réputés, qui continuent de participer au championnat pour des raisons de prestige et de visibilité, soutenus par le capital de leurs propriétaires et investisseurs.
Vers une nouvelle ère du football économique ?
Les limites de l’économie du football moderne se font de plus en plus visibles, mises en valeur par la mondialisation et la révolution numérique qui accélèrent la redéfinition d’un modèle économique qui avait été bien rôdé depuis des dizaines d’années.
Mondialisation et Super League
En 2021, le projet de Super League européenne était porteur de cette volonté de transformation d’un modèle économique vieillissant en créant un championnat supranational sans intermédiaires. Mais c’était sans compter l’attachement des supporters et des institutions à l’ancien modèle, qui a fait mettre ce grand projet en attente.
Régulation et fair-play financier
Seule solution trouvée par l’UEFA pour limiter les écarts et problématiques créées par cette expansion économique difficile à réguler, la notion de fair play financier, portée par le « règlement sur la durabilité financière des clubs ». Celle-ci, sans véritable sanction, tente d’inciter les clubs à équilibrer recettes et dépenses pour sortir de l’inflation par une limitation des déficits dus aux investissements.
Se former avec SMS pour comprendre l'économie du foot mondial
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