Tahiti accueillera les épreuves de surf des JO 2024

Soumis le ven 20/12/2019 - 11:29

Le 12 décembre dernier, le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (COJO) a retenu la candidature de Tahiti pour l’organisation des épreuves de surf pour les JO de Paris 2024. Pour rappel, le surf fait partie des quatre sports additionnels que le comité d’organisation a ajouté aux JO 2024, avec le break dance, l’escalade et le skateboard.

Ainsi, l’île polynésienne a battu la concurrence de Biarritz, Hossegor ou encore Lacanau. Ce sont donc 48 surfeurs et surfeuses qui s’affronteront sur la vague de Teahupoo. Située à 15 000 km de Paris, Tahiti va donc offrir aux athlètes olympiques ce qui est considéré comme l’une des plus belles vagues du monde. Mais l’une des plus dangereuses également ?

Le spot de Teahupoo offre des vagues pouvant aller jusqu’à 5 mètres de hauteur, soit bien au-dessus de la hauteur optimale préconisée par la Fédération Internationale de Surf, soit entre 1,50 et 2m. À ces vagues impressionnantes s’ajoute un récif sous-marin très faible en profondeur. Le risque de blessures y est donc important, et de l’avis de nombreux surfeurs, il faut accumuler beaucoup d’expérience pour s’aventurer sur ce spot. Pour certaines surfeuses, ce sera probablement leur baptême sur cette vague de Teahupoo, car cette épreuve n’est pas inscrite au circuit mondial féminin de surf, contrairement à celui des hommes. Pour le CoJo, c’est donc l’occasion d’offrir aux femmes l’opportunité de se mesurer à une épreuve similaire à celle qu’affrontent leurs homologues masculins. De plus, Tahiti offre la garantie d’avoir des vagues à cette période de l’année, ce qui n’est pas le cas des villes en métropole, où la probabilité de ne pas avoir de vagues suffisamment énergétiques étaient plus fortes. Le risque de devoir annuler les épreuves est donc plus grand à Biarritz ou Lacanau. Pour appuyer cet argument, une étude de Météo France a estimé que Tahiti avait 75% de chances d’avoir la fameuse vague optimale ; ce chiffre tombe à moins de 20% en métropole.

La deuxième question que soulève la délocalisation de l’épreuve de surf touche davantage à l’écologie. De nombreuses personnes s’inquiètent du bilan carbone que pourrait avoir une épreuve de surf à 15 000 kilomètres de la capitale. Sur ce point, soyez rassurés ! Il se trouve que l’épreuve de World Surf League se déroule du 20 août au 1er septembre 2024, soit quelques jours après l’épreuve des Jeux Olympiques. À une époque où la préservation de l’environnement constitue un enjeu majeur pour la population, la délocalisation de l’épreuve de surf à Teahupoo présente un avantage, puisque les athlètes olympiques n’auront pas à prendre l’avion pour participer aux deux compétitions.

tahiti

Le dernier frein est plutôt idéologique, et concerne la vision que l’on se fait des Jeux Olympiques. Sur ce point, les avis divergent. Pour le CoJo, le fait que Tahiti accueille les épreuves de surf démontrent que les Jeux de 2024 seront ceux de la France entière, de la métropole jusqu’aux territoires ultra-marins. À l’inverse, le Comité International Olympique (CIO), à travers son président Thomas Bach, tique un peu sur cette décision. En effet, M. Bach considère que l’esprit olympique implique surtout que les épreuves se déroulent dans un espace relativement concentré, de façon à ce que les athlètes profitent au maximum durant cette quinzaine de la ferveur et de l’expérience que représentent une participation aux Jeux Olympiques.

Vous l’aurez compris, le choix de Tahiti pour accueillir l’épreuve de surf lors des JO 2024 a ses partisans et ses détracteurs. Si elle est certes très éloignée de Paris, et par conséquent du village olympique, cette épreuve aurait le mérite d’aller dans le sens de l’évolution de la société, puisqu’elle répond à deux enjeux majeurs de notre époque. Le premier d’abord, l’égalité hommes-femmes, puisque comme nous l’avons rappelé plus haut, le spot de Teahupoo ne fait aujourd’hui pas partie des épreuves féminines du surf mondial. Le second enfin, la lutte contre le réchauffement climatique, puisque le bilan carbone serait relativement faible. Une étude commandée par le comité Paris 2024 a d’ailleurs démontré que Tahiti est dans la fourchette basse en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre liées aux épreuves. En outre, l’épreuve étant éloignée de la métropole, moins de spectateurs pourront s’y rendre, ce qui par conséquent diminue les émissions. Quoi qu’il en soit, la question de la délocalisation de l’épreuve de surf à Tahiti sera examinée et validée ou non par le CIO au début du mois de janvier prochain.

Alexandre DUGUY-LOÏ