Roland Garros : la Fan Expérience aura eu raison du tennis

Soumis le mer 05/06/2019 - 15:17
roland garros

 

Chaque année la même rengaine, Roland Garros, sa terre battue, ses allées noires de monde, son lot de stars sur les courts… et ses tribunes vides ! Le prestigieux tournoi parisien est victime de son succès, lui qui au fil du temps, a développé son offre d’hospitalités et sa digitalisation parfois même au détriment du tennis.

 

À Roland Garros, comme ailleurs, Business is Business.

En colère contre l’organisation, le coup de gueule de Lucas Pouille n’est pas passé inaperçu dans la presse, lui qui a osé dire tout haut ce que les amateurs de tennis pensent tout bas. Pourquoi les tribunes de Roland Garros sont-elles vides ? À regarder de plus près, la billetterie des Internationaux de France se porte bien, les places inoccupées étant celles déjà vendues aux sponsors et autres entreprises bénéficiant de prestations d’hospitalités. Ces entreprises, dont les logos sont visibles aux quatre coins de la Porte d’Auteuil, profitent de la quinzaine pour allier l’utile à l’agréable en invitant leurs collaborateurs et clients au tournoi. Outre les places en bord de courts, ils disposent chacun d’un espace au sein du village VIP, tout juste rénové l’an passé, où le champagne et les petits fours ont volé la vedette à la terre battue. Un domaine où l’organisation et ses sponsors excellent au grand plaisir des VIP mais au détriment de l’image renvoyée par les tribunes vides au plus près du court. Difficile de blâmer l’organisation malgré ce problème d’image quand on sait que les revenus générés par la vente de packages d’hospitalités sur les deux principaux courts atteignent les 37,7 M€ soit près de 16% du budget total du tournoi. Un montant qui équivaut à lui seul à la somme des tickets vendus sur toute la quinzaine.

La French Touch est partout à Roland Garros sauf sur les courts.

Comment blâmer le public également alors que le tennis français n’a plus remporté de titre en Grand Chelem depuis 1983 et Yannick Noah. Difficile alors de créer un engouement à domicile autour d’un athlète quand la majorité d’entre eux se font éliminer dès que les choses deviennent sérieuses. Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre uniquement aux tennismen tricolores, la France on le sait est un pays de sportifs mais pas un pays de sport et la passion du public au tennis comme ailleurs est toujours assez modérée en comparaison à nos voisins européens. Alors même qu’il est difficile de mobiliser fortement les supporters pendant une durée définie lors d’un match de football ou de rugby, la tâche se révèle d’autant plus ardue lorsque les rencontres s’éternisent comme c’est le cas au tennis. Roland Garros et sa terre battue, surface la plus lente du Grand Chelem, sont également victimes des matchs à rallonge à l’image du baseball aux États-Unis où les spectateurs multiplient les allers-retours à la buvette.

Un seul toit vous manque et les tribunes sont dépeuplées.

Les tribunes vides de Roland Garros trouvent également leurs origines à cause de ce fameux toit tant attendu (prévu pour 2021). Seul tournoi du Grand Chelem à découvert, Roland Garros doit débuter plus tôt dans la journée afin d’optimiser le temps en cas d’intempéries et avant la tombée de la nuit. Une bonne partie des rencontres se jouent alors entre midi et deux à l’heure où les invités sont à tables au Village VIP. L’arrivée du toit en 2021 devrait permettre d’avoir plus de souplesse quant à la programmation des rencontres.

Le digital, une arme à double tranchant

La Fédération Française de Tennis et ses partenaires ont mené un travail de longue haleine depuis plusieurs années afin de faire de Roland Garros, un des tournois les plus modernes du circuit. Pari on ne peut plus réussi pour les Internationaux de France, dont le moindre ralenti et les statistiques les plus incroyables sont visibles aux quatre coins du monde. Pas une journée se passe durant la quinzaine sans que l’on reçoive des notifications permettant de suivre le meilleur du tournoi grâce à son smartphone. Dans de telles conditions, difficile de se résigner à regarder l’intégralité d’une rencontre pendant plus de 3 heures sur un siège sauf évidemment quand on a payé sa place mais ce n’est pas le cas de ceux qui quittent prématurément les gradins du court Philippe Chatrier et Suzanne Lenglen.

N’en déplaise aux « vrais amateurs de tennis », Roland Garros est en quelque sorte victime de son succès, auprès des sponsors mais également sur le numérique. Les tribunes vides sont le fruit d’une conjoncture de circonstances économiques, sociales et logistiques. L’arrivée du toit et les travaux prévus pour 2021 devraient permettre toutefois d’atténuer ces effets.

Michael TAPIRO

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