Football Leaks partie 2, une saison en enfer

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Plus de 70 millions de documents. C’est le nombre impressionnant de documents récoltés par le journal allemand Spiegel, et analysés par un consortium de plusieurs médias (dont Médiapart en France) dans le cadre du deuxième épisode des Football Leaks. Soit bien plus que les Panama Papers, scandale qui avait rapporté l’existence de milliers de sociétés offshore incriminant de nombreuses personnalités. Face à cette masse de documents, la première saison des révélations, qui s’était déroulé en 2016, fait pâle figure avec « seulement » 18,6 millions de documents.

Car oui, on peut bien parler d’une petite série au regard de la façon dont les médias diffusent ces révélations, occupant l’actualité au jour le jour. Si en 2016 ce sont avant tout des personnalités qui étaient concernés (Cristiano Ronaldo, Jorge Mendes, Radamel Falcao etc.), les Football Leaks s’attaquent cette fois-ci aux clubs et aux institutions. Au menu : des problématiques de lutte d’influence, du contournement de fair-play financier ou encore de petits arrangements entre amis.

Au premier plan, c’est le PSG qui récolte le rôle principal. Notamment avec les révélations concernant le fichage éthnique de jeunes joueurs, les exigences du clan Mbappé, ou encore des détails sur le transfert de Neymar. Autre problème revenu sur la table, la question des contrats de sponsoring, principalement celui avec Qatar Tourism Authority (QTA), surévalués de manière sensationnelle selon plusieurs agences. Le PSG s’est défendu en mettant en avant un contrat de « nation branding » (image de marque nationale), c’est-à-dire ni plus ni moins que la promotion de l’image du Qatar à l’internationale. Quoi que l’on pense de cet argument, voir un club de football devenir l’instrument des manœuvres géopolitiques d’un Etat ne peut pas nous laisser indifférent…

Autres protagonistes de ces derniers épisodes, Manchester City et l’AS Monaco. Pour les anglais, c’est son académie « Right to Dream » qui est remise en cause. Selon les documents révélés, le club voit les jeunes joueurs qui intègrent son école avant tout comme de purs actifs, simples éléments d’une stratégie d’implantation territoriale, notamment en Afrique de l’Ouest. Concernant les monégasques, ce sont des montages offshores et le recrutement de joueurs mineurs qui sont au centre des révélations.

Et que dire des instances, censées cadrer l’ensemble de réalisation ? Entre les occupations et les relations de Gianni Infantino ou l’UEFA qui se plie aux exigences des plus gros clubs européens, sous la menace constante de voir son fair-play financier être porté en justice, c’est peu de dire qu’ils ont aussi leurs parts dans les scènes qui sont jouées. Avec ces mêmes gros clubs européens qui œuvreraient en coulisses pour créer cette fameuse « Super Ligue Européenne » qui arrivera bien un jour ou l’autre.

Rien de bien nouveau diront certains. Le football professionnel est gangréné par les mêmes affaires qui occupent les autres pans de la société, où la loi du plus fort est bien souvent la meilleure. Mais voir le sport numéro un au monde, pratiqué et suivi par des millions de personnes à travers le monde avec passion, accolé encore et toujours à ce genre de scandales, peut parfois nous éloigner du scénario…

Guillaume MONTEIRO.