Anthony ALYCE (Fondateur Ecofoot) : "Contribuer à diffuser une culture économique aux passionnés de ballon rond"

Soumis le lun 04/02/2019 - 15:18

Bonjour Anthony, merci à vous de prendre le temps de répondre à nos questions, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Anthony Alyce. J’ai 30 ans et je suis le fondateur du média Ecofoot.fr, site spécialisé dans l’économie du football. En parallèle, j’écris des chroniques sur l’économie du football pour différents médias français (La Tribune, Les Echos, Capital…).

A qui s’adresse aujourd’hui Ecofoot.fr ? Quels types d’articles peut-on retrouver sur votre site internet ?

Lors du lancement d’Ecofoot.fr, en 2012, l’objectif premier était de contribuer à diffuser une culture économique aux passionnés de ballon rond. Il existait à l’époque de très nombreux blogs et sites sur les aspects sportifs du football mais l’univers économique était assez peu exploré. Le but était également de rédiger des longs formats permettant d’analyser des situations plutôt que de miser sur des articles courts et informatifs. Concernant les contenus, on retrouve sur Ecofoot.fr l’analyse des états financiers des différents clubs européens afin d’étudier leur modèle économique. Les stratégies marketing sont également étudiées de près. Par exemple, nous avons écrit de nombreux papiers sur le repositionnement de la marque Juventus, club européen qui est allé le plus loin dans ce domaine. Bien entendu, nous suivons également avec attention les projets de construction/modernisation des infrastructures ou encore les opérations de rachat de club. Sur Ecofoot.fr, nous aimons également analyser les liens construits entre un club de football et son territoire ou encore étudier les stratégies d’internationalisation. Petit à petit, Ecofoot.fr s’est imposé comme un média de référence sur l’économie du football européen. De très nombreux professionnels du secteur sont notamment abonnés à notre Newsletter. La légitimité acquise par le média nous ouvre également des portes dans la plupart des clubs professionnels français, nous permettant notamment de réaliser de nombreuses interviews. Notre volonté de rendre accessible l’information économique nous permet également d’être suivis par de nombreux fans de foot, ayant une appétence particulière pour l’économie. Depuis la fin de l’année 2018, une version Premium d’Ecofoot.fr a été lancée. Elle donne accès à notre magazine numérique hebdomadaire thématisé, composé d’interviews d’experts et de focus. Cela permet d’aller encore un peu plus loin dans l’exploration de sujets précis. Par exemple, depuis le lancement du format, on a sorti un numéro sur la refonte des logos des clubs de foot, sur les conséquences du Brexit sur la Premier League ou encore un numéro intégralement consacré au Red Star FC.

De nombreux investisseurs ont fait leur apparition dans le football français, quel est votre premier constat sur ces arrivées et quel avenir imaginez-vous pour le football français à moyen terme ?

En dépit de certains discours alarmistes entendus en début de saison en raison de résultats moyens sur la scène européenne, le football professionnel français est clairement entré dans un cycle positif ces dernières années. Sur le plan économique, les droits TV domestiques de Ligue 1 vont pour la première fois franchir la barre du milliard d’euros à partir de la saison 2020-21. Au niveau des infrastructures, un grand nombre de clubs bénéficient d’un stade moderne grâce notamment à l’EURO 2016 – même si les clubs doivent encore travailler certains aspects au niveau de l’exploitation ou encore de l’accessibilité pour pouvoir réellement accroître leurs revenus grâce à leur nouvel outil. D’un point de vue sportif, la France a remporté la dernière Coupe du Monde, couronnant le modèle de formation à la Française. Evidemment, les investisseurs internationaux sont sensibles à de telles évolutions. Et les clubs de Premier League étant devenus très chers, ils n’hésitent pas alors à se replier sur la Ligue 1 avec des clubs aux prix très attractifs et à la santé financière plutôt saine grâce au travail de la DNCG. Néanmoins, il faut faire attention. L’arrivée d’un investisseur étranger n’est pas toujours synonyme de « jackpot » pour un club professionnel européen. Si l’arrivée de QSI à la tête du PSG a permis au club de la capitale de franchir plusieurs étapes dans son développement en un temps très court ; tous les investisseurs internationaux ne disposent pas de la même surface financière – loin de là – et n’ont pas tous le même objectif. On ne peut pas classer tous les investisseurs internationaux dans un ensemble homogène. Il y a des cas où cela se passe moins bien à l’image, par le passé, du RC Lens sous capitaux azéris. De plus en plus de fonds d’investissement internationaux s’intéressent également au football en raison d’un rendement qui pourrait être intéressant à moyen terme. Mais cela signifie la génération de profits – et donc le versement de dividendes – durant l’exploitation ou, à minima, une plus-value lors de la revente du club.

Les droits TV ont dernièrement été attribués à de nouveaux opérateurs concernant la Champions League (RMC Sport) ou encore la Ligue 1 (Mediapro). Pour consommer du football, il faut désormais de multiples abonnements. Ne risque-t-on pas, à terme, de voir l’engouement en France autour du football s’atténuer ?

La France suit la même évolution que les autres marchés européens, c’est-à-dire de moins en moins de football accessible via les opérateurs gratuits. Mais il est vrai que le phénomène est particulièrement significatif chez nous. La France est le seul marché européen à réunir quatre grands opérateurs de TV sportive payante – Canal +, BeIN Sports, Altice via RMC Sport et Discovery via Eurosport – et bientôt cinq avec Mediapro ! Des acteurs nombreux qui favorisent la hausse des droits TV, phénomène perçu lors du dernier appel d’offres des compétitions européennes ou encore de la Ligue 1. Aujourd’hui, malgré le nombre important d’acteurs, on ne ressent pas d’essoufflement concernant le niveau d’intérêt en France pour le football. Il faudra voir si c’est toujours vrai en 2020-21, lors du passage de la Ligue 1 sur Mediapro. Néanmoins, je pense que nous ne sommes pas au bout de nos surprises concernant le marché des droits TV sportifs. De nouvelles transformations vont intervenir lors des prochaines saisons, avec des phénomènes de concentration du secteur – un rapprochement a déjà été opéré entre Canal et Altice concernant la distribution de RMC Sport et la diffusion prochaine de la Premier League – et l’arrivée d’acteurs d’un nouveau genre (comme les GAFA) qui pourraient proposer de nouveaux modèles économiques. Enfin, l’éclatement de l’offre footballistque favorise également l’émergence du streaming illégal. Un facteur à ne pas négliger à l’heure où les droits TV constituent la principale source de recettes pour une grande majorité de clubs professionnels français. D’ailleurs, des discussions parlementaires ont été engagées ces derniers mois pour contrecarrer l’essor du streaming illégal.

Votre mot de la fin pour nos étudiants ?

A l’heure où les clubs sportifs en général et les clubs de football en particulier cherchent à se réapproprier plusieurs composantes de leur chaîne de valeur – stratégie de marque, merchandising, pleine exploitation voire propriété des stades… - ces derniers embauchent de plus en plus des profils différents pour consolider leur modèle économique. Cela constitue une vraie opportunité pour les étudiants de Sports Management School qui aspirent, je n’en doute pas, à prendre part à une aventure collective fantastique et à vivre des émottions comme seul le secteur sportif peut en procurer ! https://www.ecofoot.fr/