À défaut de compter sur vous, le sport français compte ses jours…

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Comme un coup de massue. La seconde étoile décrochée en Russie est encore fraîchement brodée et les souvenirs d’une liesse nationale que ne connaissaient pas les moins de vingt ans, encore dans toutes les têtes. Il y a tout juste un an, c’est une autre victoire que célébraient d’une même voix les parties prenantes du sport tricolore suite au verdict du Comité International Olympique rendu à Lima. Une succession d’accomplissements sans précédent qui laissait présager le meilleur en vue des enjeux colossaux de 2024. Mais l’histoire était bien trop belle et le coup de poignard est survenu alors que nous vous pensions acquis à cette cause d’intérêt national.

Le sport, un investissement dont les enjeux dépassent à bien des égards la simple pratique sportive.

Jamais le mouvement sportif n’est apparu aussi uni. Une cohésion à tous les niveaux qui illustre l’inquiétude de ce ceux qui font vivre le sport tricolore au quotidien. Cette fourmilière qui dans l’ombre détecte, forme et accompagne depuis des années des Teddy Riner, des Kevin Mayer et autres Marie Bochet et les milliers d’anonymes qui chaque weekend s’adonnent à leurs passions. Tous aujourd’hui, par le biais du Comité National Olympique et Sportif Français tirent la sonnette d’alarme face à la désolidarisation sans précédent de votre gouvernement à l’heure où justement le sport plus que jamais, compte sur vous.

La pétition « Sport pour tous, tous pour le sport » en ligne depuis ce jour porte d’une même voix la détresse de vos concitoyens, sportifs, bénévoles et autres passionnés qui ont participé à cultiver l’arbre dont le pays tout entier récolte les fruits ces dernières années.

Mais ces moments de joies, de communion et de fierté nationale ne peuvent perdurer à l’heure où le gouvernement veut supprimer l’emploi de près de 1 600 conseillers techniques sportifs (CTS), les premiers artisans du rayonnement français à l’international. Un plan de suppression qui s’ajoute au retrait de 7% du budget alloué au sport dans le cadre de la Loi Finances 2019 notamment dû à la baisse de moitié des moyens du CNDS dédié au sport amateur.

Une coupe drastique dans les ressources financières à la racine même du mouvement sportif qui s’ajoute au refus de déplafonnement de la taxe Buffet qui représente aujourd’hui un manque à gagner de près de 25 M€ qui vont directement dans les caisses de l’Etat.

Un désengagement de ce même gouvernement alors que le Sport ne représente aujourd’hui que 0,13 % de son budget et qui surtout s’oppose à l’ambition du président Emmanuel Macron de faire du pays une nation Olympique en recrutant plus de trois millions de pratiquants supplémentaires d’ici 2024. Si les organisations sportives ont bien conscience depuis des années de la nécessité de trouver d’autres financements afin de moins dépendre des fonds publics, il n’en demeure pas moins que de telles restrictions dans le contexte actuel conduisent inexorablement à la mort à petit feu de la performance et de l’accessibilité qui caractérisent le sport tricolore.

Le Sport, un outil de rayonnement économique et sociétal

Le Centre de Droit et d’Economie du Sport de Limoges a présenté le 4 septembre dernier une étude détaillant les effets du mouvement sportif sur la société française et son économie. Les résultats de cette étude permettent d’objectiver le poids économique du mouvement sportif à 11,69 milliards d’euros représenté par le mouvement sportif amateur (6 ,25 Mds€), le sport professionnel (3,03 Mds€) et les dépenses personnelles des pratiquants (2,41 Mds€). À ces chiffres s’ajoute la valorisation des ressources humaines issues du bénévolat qui est estimée entre 5,2 et 10,1 Mds€. Au-delà de ces données, une entité sportive contribue au dynamisme économique de son secteur géographique sans compter ses effets sur la santé publique, l’intégration ou encore l’éducation.

L’ambition des acteurs de Paris 2024 de laisser un héritage unique à la jeunesse française en termes d’émotions, d’infrastructures, de valeurs, d’accès au sport doit être accompagnée par les plus hautes sphères de l’état afin de garantir à chacun de pouvoir profiter de cette opportunité qui n’arrive qu’une fois par siècle. Pour poursuivre la dynamique en cours et permettre au mouvement sportif de prospérer en vue des échéances que représentent les grands événements à venir et notamment Paris 2024. Parce que les acteurs du sport doivent aujourd’hui recevoir le plus grand soutien de la part de l’Etat pour garantir un héritage sociétale durable. Parce que les réussites de demain sont les fruits des efforts d’aujourd’hui. Parce que le sport évolue et avec lui ses besoins également. Parce que le sport compte et aujourd’hui il compte sur vous !

Michael TAPIRO.